Dossier
Ce dossier porte sur la correspondance amoureuse du notaire
Jean-Marie Richard, de Saint-Ours, et de Jeanne Cartier, originaire de
Saint-Antoine-sur-Richelieu et fille du seigneur de Contrecœur. Cet ensemble
documente le développement de la relation qui mènera à leur mariage, célébré en
1907. Constitué en majeure partie de lettres rédigées par le jeune notaire,
l'ensemble s'entrecoupe à quelques reprises d'ébauches de lettres écrites par Jeanne
en réponse à ces dernières. Les trente lettres de Jean-Marie s'échelonnent de
novembre 1903 à janvier 1907. La première, par laquelle il initie leur
relation, est accompagnée d'une carte professionnelle et rédigée sur un papier
estampillé de son sceau notarial. Certaines sont rédigées sur du papier à
lettres de son étude. Si les activités professionnelles et familiales du jeune
homme y sont parfois évoquées de façon laconique, l'ensemble de la
correspondance s'articule presque exclusivement autour de l'expression de ses
sentiments, souvent douloureux, allant d'une affection de plus en plus vive à
la tristesse résignée, en passant par la souffrance et l'anxiété que provoquent
en lui les hésitations de la jeune femme.
Le rythme de la correspondance s'intensifie surtout à partir
de février 1906, alors que le jeune homme manifeste ses sentiments ouvertement.
Il semble, à cette époque, avoir demandé à la jeune femme de s'engager plus
sérieusement, comme en témoigne ce passage d'une lettre datée du 19 février
1906 : « Je ne puis me défendre d'une grande anxiété. La semaine dernière que
j'ai passée [sic] à Montréal, appelé à remplir les plus grandes fonctions
professionnelles, mes pensées se sont très souvent tournées vers vous. Tout est
entre vos mains. Je respecterai vos objections comme des ordres. » La brièveté
des quelques brouillons rédigés par Jeanne contraste avec les longues missives
et les requêtes de plus en plus pressantes du jeune notaire qui souffre de ces
longs mois d'incertitude qui s'accumulent. Il lui avoue envier parfois le
bonheur des autres, en particulier lorsque son ami Armand se marie en 1906, et
se trouver bien seul le soir dans sa nouvelle demeure, acquise du notaire
Aubin. Mentionnées à plusieurs reprises, mais sans trop de détails, les
hésitations de la jeune femme semblent en partie liées à des obstacles d'ordres
matériels : « [...] hélas pourquoi quelques arpents sont-ils entre nous une
barrière quasi infranchissable[?] » Malgré les tourments que suscite cette
relation qui se construit tout doucement, les lettres de Jean-Marie montrent la
persistance du jeune homme et témoignent de visites régulières à Contrecœur
pour passer un peu de temps auprès de l'élue de son cœur. Si la détresse du
jeune notaire s'exprime parfois de manière plus expressive (« Ah, pourquoi ne
l'acceptez-vous pas! »), le ton de la correspondance demeure dans l'ensemble
très courtois et conforme aux conventions sociales de l'époque. L'attente sera
longue, mais ne sera pas vaine. La brève réponse de Jeanne le 31 janvier 1907
esquive encore une fois la question du mariage et laisse à nouveau le pauvre
Jean-Marie dans l'incertitude. Le couple se mariera malgré tout quelques mois
plus tard, le 18 juin de la même année.
Langue du document : Le document est en
français.
Dernière mise à jour : 13 février 2019
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